Presentation

Depuis « Sasha », la série qu'elle avait consacrée à sa fille et au passage de l'enfant à l'adolescente, puis à la jeune fille, sur un mode intimiste et onirique, proche du conte de fées, Claudine Doury ne cesse de questionner cet entre-deux de l'âge, du corps et du temps, à la fois fragile et violent, qu'est l'adolescence.

Mais si, jusqu'alors, l'homme n'apparaissait, fugitivement, que comme un figurant dans ses images, il advient au cœur même de « L'Homme nouveau », série entièrement réalisée au sein de St Petersbourg. On verra un double écho à ce titre : à l'impératif révolutionnaire du bolchévisme, bien sûr, mais aussi à ce moment de mue et de mutation où l'adolescent éclot en homme.

Entre-deux, passage d'une frontière, métamorphose ovidienne : c'est ce moment si singulier, unique, de crise et d'avènement à soi, que l'artiste s'obstine à capter, à décrypter.

Ce faisant, elle questionne ce qu'il en est de l'identité masculine : qu'est-ce que devenir un homme ? Et un homme dans une Russie elle-même en pleine mutation, qui n'a plus rien à voir avec l'URSS de la guerre froide et des rideaux de fer ? Mais aussi, et plus radicalement peut-être, se positionne comme une femme qui ose, enfin, regarder les hommes.

Comme les hommes de tous âges l'ont fait, pendant des siècles, et en toute évidence, avec les femmes.

Ce droit au « female gaze » est récent, il faut y insister. Et il est le fruit d'un long combat, mené notamment par des artistes américaines telles que Sally Mann, proclamant : « Je suis une femme qui regarde », et pourquoi pas les hommes. C'est une vraie conquête du regard.

A tous ces jeunes hommes russes, issus des classes moyennes, venus des quatre coins de cet immense pays et convergeant vers St Petersbourg pour y étudier les arts et y inventer une nouvelle vie, aux antipodes de leurs aînés, l'artiste dit : « Laissez-moi vous regarder ». Et vous photographier.

Pas de décors superflus, ni de mises en scène inutilement sophistiquées : de simples fonds aux chromatismes sourds, des cages d'escaliers, des murs écaillés. Des corps saisis en buste, ou des plans resserrés sur les seuls visages.
Et si tous se veulent résolument modernes, tournés vers l'art et la culture, connectés avec le reste de la planète, s'appropriant les codes de la mondialisation, leurs portraits , pourtant, s'avèrent transhistoriques: éternels Petits Princes, éphèbes grecs ou archétypes de l'aristocrate renaissant, tous renvoient, peu ou prou, dans notre mémoire iconique, aux tableaux de Léonard,  Dürer, ou Holbein.

Certains affirment un type slave : peau lunaire, pommettes saillantes,  regard bleu glacier, blondeur de blés, musculature fermement dessinée - , tandis que d'autres ont le charme ambigu des fleurs coupées: fragiles comme des Saint Sébastien promis à la flèche meurtrière, graciles et menus, ils semblent osciller, hésiter entre les genres.

Et reposent ainsi la question à laquelle il est si difficile de donner une réponse univoque, dogmatique: qu'est-ce que le masculin ?

Claudine Doury ne répond pas, et c'est sans doute là la justesse de son travail : refusant de faire poser des adolescents trop virils, trop « genrés », finalement nul « hipster » dans sa collection d'hommes nouveaux, elle nous laisse face au tremblement de la question elle-même, comme l'adolescent est la fragile esquisse de l'homme à venir.

Dominique Baqué, décembre 2015

Agenda

Claudine Doury, lauréat de la Commande photographique nationale "La Jeunesse en France"

21.02.2017

Signature le 10 décembre de 15h à 18h du catalogue "L'Homme nouveau", ed. Filigranes

10.12.2016 - 11.12.2016

Biographie

Née en 1959,vit et travaille à Paris.
Prix Leica Oscar Barnack en 1999 et un World Press Award la même année pour sa série « Peuples de Sibérie ».
Prix Nièpce en 2004 pour l'ensemble de son travail.



EXPOSTIONS PERSONNELLES

2016
- « L'Homme Nouveau », La Galerie Particulière, Bruxelles.
- « L'Homme Nouveau », La Galerie Particulière, Paris.

2014
- « Loulan Beauty» et «Artek», Espace Saint Cyprien, Toulouse.
- « Sasha », galerie Dityvon, Angers.
- « Peuples de Sibérie », Bibliothèque de Bobigny.

2012
- « Sasha », La Galerie Particulière, Paris.          
- « Sasha », Galerie Box, Bruxelles.
- « Sasha », Galerie Confluence, Nantes.

2011-2012
- Pavillon Carré de Baudoin, Paris, France.

2010
- La Fabrique du Pont d'Aleyrac, Saint Pierreville
- Théâtre de Brétigny sur Orge


2009
- Dali Photo Festival, Dali, Chine
- Galerie du Centre Culturel Joseph Kessel, Villepinte

2008
- Breda Photo, Breda's museum, Pays Bas

 
2007
- Galerie Camera Obscura, Paris

 
2006
- Médiathèque Saint Etienne

 
2005
- Médiathèque Noisy le sec

 
2004
- Picto Bastille, Paris

 
2002
- Galerie du théatre de la passerelle, Gap
- Centre culturel, Le Mans

 
2001
- Hôtel de ville, Saint Ouen l'Aumône

 
2000
- Festival « Etonnants Voyageurs », Saint Malo
- Parc de la Villette, pavillon Paul Delouvrier, Paris

1999
- Musée Arctique de Rovaniemi, Finlande




EXPOSITIONS COLLECTIVES


2015
- « Loulan Beauty », Sifest, Savignano, Italie
- « Sasha », Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône, Marseille

2014
- Paris Photo Los Angeles, La Galerie Particulière, Paris
- Art Rotterdam, La Galerie Particulière, Paris
- Art Paris, La Galerie Particulière, Paris


2013
- « Passages », Forum Meyrin, Genève, Suisse
- Pulse Miami Art Fair, Miami

2012
- « Sasha », Pulse Miami Art Fair, Miami
- « Sasha », Les Photaumnales, Beauvais
- « Passages », La petite biennale de la photographie, Blain
- « Vues en ville II », Artothèque de la Roche-sur-Yon
- « L'art de voir les choses », Galerie Camera Obscura, Paris
- Art Paris, Art Fair 2012, Paris
- « Vu à Paris », Institut Culturel Français, Rabat, Maroc

 
2011
- Paris Photo, Le Grand Palais, Paris
-  « Vu à Paris », Institut Culturel Français, Rabat, Maroc


2010
- Paris Photo, Carrousel du Louvre, Paris, France
- Rétrospective des Lauréats du Prix Niepce, Musée du Montparnasse, Paris


2009
- « C'est l'été », Galerie Camera Obscura, Paris
- « 80+80 », Photo-Graphisme, Pavillon Carré de Baudoin, Paris
- « Kreyol Factory », Parc de la Villette, Paris

 
2008
- France Kunst Art Be. /Réfléchir le monde, Centrale électrique, Bruxelles, Belgique
- Collection photographique Agnès B, C/O Berlin, Allemagne
- « Woman of many faces/Isabelle Huppert », Galerie du Manège, Moscou


2007
- Paris Photo, Carrousel du Louvre, Paris
- « Woman of many faces/Isabelle Huppert », Fotomuseum, Den Haag, Pays Bas


2006
- Rencontres Internationales de la photographie, Arles
- « VU' 80-80 Les 20 ans de VU », VU la Galerie, Paris
- « Woman of many faces/Isabelle Huppert », P.S.1 Contemporary Art Center, New York
- « VU' à Paris », Chapelle de la Salpêtrière, Paris

2005
- Galerie l'Imagerie, Lannion
- Alguien nos mira, Sélection de la collection photographique de la Fnac, Muvim, Valence.


2004
- La Collection photographique Agnès B, les Abattoirs, musée d'art Contemporain, Toulouse
- La collection photographique de la Fnac, la Conciergerie, Paris


2001
- Encontros de Imagem, Photo Festival, Braga, Portugal


2000
- Centre photographique de Lectoure




BOURSES ET PRIX

2004
- Prix Nièpce
- Prix Yann Arthus Bertrand


2000
- Prix World Press photo à Amsterdam, catégorie «Nature and environment stories»


1999
- Prix Leica Oscar Barnack


1997
- Fiacre - Ministère de la culture


1996
- Villa Médicis hors les murs



COLLECTIONS PUBLIQUES ET PRIVEES


- Fonds National d'Art Contemporain, Paris, France
- L'Imagerie, Lannion, France
- Encontros da imagem, Braga, Portugal
- Artothèque, La Rochelle, France
- Agnès B., Paris, France
- Le théâtre de la passerelle, Gap, France



BIBLIOGRAPHIE

- L'Homme nouveau, Editions Filigranes, 2016 - Texte de Dominique Baqué
- Sasha, Le Caillou Bleu, 2011 - Textes de Christian Caujolle & Melanie McWhorter
- Loulan Beauty, Editions du Chêne, 2007
- Artek, un été en Crimée, Editions de la Martinière, 2004
- Peuples de Sibérie, éditions du Seuil, 1999

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Textes

Jusqu'à mes 17 ans, j'ai vécu dans une petite ville du sud des Etats-Unis. A 16 ans, j'ai décidé de me faire baptiser dans l'église baptiste du sud. L'évènement ne fut pas aussi romantique qu'on pourrait le croire et n'avait rien à voir avec l'image d'Epinal du bien aimé frère religieux à moitié plongé dans une rivière boueuse et brunâtre, apprêté comme à ses plus beaux jours, tandis que le sermon asséné avec force par le pasteur s'entrecoupait des hymnes cadencés d'une foule en délire. Mon baptême fut bien plus strict : je fus plongée dans une cuve stérile de la forme d'une baignoire, cachée derrière un décor bucolique de collines vallonnées sur fond de coucher de soleil dans une subtile palette de bleus, de verts et de mauves. J'imaginais l'assemblée des fidèles qui, à l'exception des plus anciens paroissiens que rien n'aurait pu réveiller, tendaient le cou pour mieux voir la scène, leurs têtes grises et ridées avachies comme de vieilles tomates sur une vigne fatiguée. J'étais là, sans force dans ma robe blanche, attendant que le pasteur ne me plonge dans l'eau. Je sentais le poids de mon âme me quitter une seconde ou deux. J'étais « born again ». Aujourd'hui, je me remémore une vie qui n'a pas vraiment exaucé toutes les promesses de cette journée, et me rends compte que, faute d'autre cérémonie d'initiation familiale, cette décision prise arbitrairement à l'âge de 16 ans est, sans doute, le rite de passage que je devais m'imposer. Si « traverser le courant » n'était qu'une étape arbitraire, nombreuses sont les autres expériences, parfois monumentales, souvent banales, qui pointillent ma mémoire. Tout ce que je fis pour atteindre l'âge adulte.

 Quelles que soient les  cérémonies qui l'annoncent, nous devenons toutes femmes ; si la jeune fille survit à l'adolescence, la femme prendra inévitablement sa place. Sasha est l'une de ces jeunes femmes qui font l'expérience d'une transition rapide. Sa mère, la photographe Claudine Doury, la regarde à travers l'oeil de sa caméra et nous sommes tous témoins des étapes que Doury choisit de retracer : les aventures de l'enfant, qui n'est plus si jeune, mais se rapproche des dernières folies de l'enfance. La foret entoure Sasha et ses cohortes, depuis la fin de l'été jusqu'à la mort de l'année, du vert jusqu'au brun, de la vie jusqu'à la disparition.

Nous voyons parfois Sasha couverte d'une poudre laiteuse ou d'une simple robe  blanche, parfois enveloppée dans la neige pure, vierge. Le blanc est symbole de pureté. Et de sacrifice. Les images de l'eau suspendent le temps : Sasha nous apparaît immergée jusqu'aux genoux, puis jusqu'au cou, et enfin, elle suit une amie dans des eaux sombres qui rappellent le souvenir romantique de mon baptême. L'eau, qui normalement nettoie le couteau qui s'offrira au palais, est cette fois un espace de repos pour le regard. Les symboles de Sasha, ou ceux de Doury, sont conflictuels ou indéfinissables : la neige peut être la vérité ou la raideur, la fumée est la transition ou la cécité ; l'eau, dans sa pureté, donne la vie ou la reprend ; les oiseaux nous apportent le savoir ou la maladie. Au cours de milliers d'années de l'histoire humaine, ces couleurs sont devenues porteuses de symboles, les animaux ont pris un tour métaphorique et, enfin, les images se sont faites allégories.

 Doury nous conduit d'un espace ouvert et organique dans l'intérieur artificiel et stérile du logis, où le rythme est plus rapide et la vie plus pressante. Nous voilà aspirés, avec Sasha, sous une cloche de verre, délicate et transparente, tandis que le monde extérieur « est vide et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n'est qu'un mauvais rêve », comme l'a écrit Sylvia Plath. Etrangement, Sasha y repose, les yeux fermés ; dans un inconfortable rejet du monde adulte ou dans le refus de voir ce qu'il adviendra d'elle ? Dans un contraste total avec les descripteurs éthérés de l'enfance : la pureté, l'innocence, la curiosité, la vérité ; Sasha fait maintenant l'expérience de l'introspection, de l'impuissance, du confinement, du sacrifice et de la tristesse : les guerres de transition. L'enfant de Doury se retrouve souvent seule, enfermée ou confinée, dans un placard, enrobée dans un plastique transparent et posée sur le lit ou sous une autre enfant bien plus jeune. Si le poids est supportable, c'est la charge physique et psychologique qui pèse le plus lourd. Quand la surface réflective, de l'eau par exemple, apparaît, elle est atroce.

Sasha a beau tout faire pour voir son avenir dans le miroir, elle porte un visage translucide qui la déforme et défie le temps, on se détache d'une surface d'orbes magiques. On a coupé ses boucles blondes pour les placer dans une boite. Un choeur d'iconographies religieuses ou jungiennes s'achève sur le gros plan d'une Pietà, et l'enfant semble reposer sans vie sur les genoux d'une jeune fille que traverse la lumière rembrandtesque d'une fin de journée. Elle recherche le confort et la sécurité dans de jeunes bras féminins. 

 Enfin, revoilà la lumière - sans doute en opposition avec l'obscurité, même si la lourdeur reste présente. Nous retrouvons Sasha dans la nature. Elle est sortie de la maison et d'elle-même. Elle tournoie, elle court, elle joue. Comme tant de jeunes filles avant elle, elle est passée indemne de l'adolescence à l'âge adulte. Enfin, Sasha s'en est sortie, non plus seule, mais avec le premier personnage masculin dans ce récit. Nous les voyons de dos, courir vers la fumée et la forêt qui s'étend, au-delà d'eux-mêmes. Si l'histoire n'est pas finie, c'est un chapitre qui se ferme pour Sasha et pour sa mère.

 L'identité de la jeune fille qui apparaît dans « La jeune fille à la perle » de Vermeer fait l'objet de nombreuses spéculations, sans que personne ne sache réellement qui elle est ; d'après Lawrence Weschler, on ne peut qualifier d'archétypal le moindre personnage féminin de Vermeer : « si elle représente quoi que ce soit, c 'est l'état d'unicité humaine, digne de nos propres réponses uniques et individuelles. » Nous pouvons porter un jugement sur Sasha, dans un souhait de donner aux images une signification qui nous est propre ; mais nous ne pouvons définir tout ce qu'est Sasha ou, d'ailleurs, tout ce qu'est sa génération, à partir d'une seule séquence d'images. Elle n'est représentative de rien ni de personne, si ce n'est d'elle même. A partir d'un seul événement à mes 16 ans, je ne pouvais prévoir que j'allais vivre une vie totalement vide de tout sentiment pieux. Il s'agissait d'un événement unique, semblable à une strate géologique vue sur le flanc d'une montagne, une cérémonie révolue recouverte de tant d'autres souvenirs. Ce sont les événements imprévisibles et parfois incontrôlables qui nous forment. Nous pouvons regarder Sasha à travers l'étroite  fenêtre de sa vie, que nous avons nous-mêmes construite, mais nous ne pouvons prévoir ce qu'elle deviendra. Le livre la maintient dans l'état permanent de sa vie « ici et maintenant » : elle retiendra sa respiration, elle sera plongée dans une eau crépusculaire, elle perdra son souffle et s'oubliera un instant, avant de se retrouver, prête à vivre une nouvelle vie, qui n'appartiendra qu'à elle seule.

 
Mélanie McWhorter

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